Afrique

Le business lucratif de l’or sale au Sahel

Pierre d’Herbes
5 min

L’exploitation illégale de l’or joue un rôle méconnu mais important dans l’aggravation de la crise du Sahel, principalement en finançant les groupes armés, djihadistes ou rebelles, de la région. Un business que les États laissent prospérer, par manque de moyens ou par intérêt économique.

Lingots d'or
Des lingots d'or dans le musée de la Banque nationale tchèque à Prague (République tchèque).Martin Divisek/Isifa/SIPA

Le Sahel est historiquement une voie de rencontre et de communication entre le Maghreb et l’Afrique subsaharienne. On y exploite et y échange de l’or depuis le XIIIe siècle. Dans les années 2010, un nouveau filon d’or est découvert dans le Sahara et le Sahel et déclenche une nouvelle ruée vers l’or. Depuis, l’orpaillage artisanal progresse partout : au Niger, au Tchad, au Mali, en Mauritanie, au Burkina Faso, etc. Il se développe généralement en dehors de l’autorité des États, qui le considèrent comme illégal - à quelques exceptions près comme la Mauritanie.

Les orpailleurs sont aujourd’hui des millions, du Sahel au golfe de Guinée (Côte d’Ivoire, Ghana, etc.), et se rassemblent sur des sites comptant des dizaines de milliers de mineurs. Selon l’OCDE, cette activité génère plus de 2 milliards de dollars (plus de 1,87 milliards d’euros) de revenus annuels. De quoi attiser les convoitises, malgré des conditions de travail difficiles et de lourds dégâts provoqués sur l’environnement. Dans un contexte régional d’insécurité, les sites d’orpaillages sont des lieux de trouble public, de banditisme, voire d’attaques de groupes armés. De plus, l’or aggrave les tensions entre communautés ethniques. Un terreau sur lequel se développe le djihadisme.

Groupes armés et orpaillage

C’est ainsi qu’à partir de 2015, les groupes armés, qu’ils soient djihadistes ou simplement rebelles, prennent progressivement le contrôle de sites au Mali, au Niger et au Burkina Faso. Le phénomène n’est toutefois pas immédiatement visible, car « les revenus liés à l’or sont à l’origine secondaires pour ces groupes qui tirent profits d’autres trafics comme les armes et les stupéfiants. Il n'y a d’ailleurs pas à ma connaissance de séparation nette entre les trafics. Les trafiquants d'or sont aussi dans d'autres filières. Même si à un moment donné, les autres trafics ont baissé au profit de l’or », explique à Factuel...

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