Metoo

#MeTooGarçons : « 80% des violences ont lieu ou commencent avant l’âge de 18 ans »

7 min

Les comédiens Aurélien Wiik puis Francis Renaud ont récemment révélé les abus à caractère sexuel dont ils auraient victimes plus jeunes de la part de réalisateurs ou producteurs de cinéma, donnant lieu à la première vague #MeTooGarçons en France. Cette récente prise de parole s’inscrit dans un phénomène de plus grande ampleur dénonçant les violences et agressions sexuelles commises sur mineurs. La sociologue Lucie Wicky, doctorante à l’EHESS et l’Ined, interroge la spécificité des violences sexuelles subies par les hommes. Ses premiers résultats de recherche questionnent la conception même de l’enfance et de son statut dans la société.

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Selon les chiffres de l'enquête Virage (2015) au cours de leur vie, 3,9 % des hommes interrogés ont subi des violences sexuelles, contre 14,5 % des femmes. Pexels, CC BY-NC-ND

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.


Vous êtes la première chercheuse en France à vous intéresser en détail aux violences sexuelles commises sur des hommes. Comment avez-vous travaillé ?

J’ai mobilisé l’enquête Virage, conduite en 2015 par l’Ined, qui est la dernière grande enquête probabiliste de ce type en France, portant sur plus de 27.000 répondants (questionnaire téléphonique) de 20 à 69 ans vivant en France métropolitaine. On estime que l’échantillon est représentatif et la méthodologie – proche de la première enquête sur les violences envers les femmes qui date d’il y a 25 ans (Enveff, 2000) – intègre la question des violences subies sur les douze derniers mois ainsi que tout au long de la vie.

L’enquête interroge des éléments biographiques, traite les violences des plus énonciables aux plus intimes (psychologique, physique puis sexuelle) en investissant aussi bien les espaces de vie considérés comme publics (milieu scolaire, professionnel, espaces publics) que privés (couple, ancienne relation, famille et entourage). La méthodologie est très spécifique dans ce type d’enquêtes : les questionnaires ne mobilisent pas les termes de « violences » ou « viols », empreints de lourdes représentations, mais listent plutôt des faits et laissent à chaque répondant la possibilité de répondre par oui ou non, car beaucoup d’enquêtés n’ont pas identifié les violences comme telles.

Je me suis aussi appuyée sur l’enquête « Contexte de la sexualité en France » qui date de 2006 pour explorer le rapport aux normes de genre et de sexualité des hommes qui ont déclaré des violences. Enfin, j’ai réalisé 50 entretiens biographiques avec des hommes qui avaient déclaré des violences sexuelles dans le cadre de l’enquête Virage et accepté un entretien complémentaire. J’ai aussi interrogé 10 femmes pour avoir un point de comparaison.

Il existe assez peu de données plus récentes du fait de...

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